Dans le paysage vallonné des Monts de Flandre, les moulins à vent occupent une place à part. Ils ne sont pas de simples vestiges figés dans le passé : plusieurs d’entre eux tournent encore, entretenus par des associations de passionnés ou par des meuniers en activité. Deux moulins concentrent l’essentiel de l’attention des visiteurs et de l’attachement local : l’Ondankmeulen à Boeschèpe et le Steenmeulen à Terdeghem. Ensemble, ils racontent deux histoires différentes de la meunerie flamande, l’une en bois, l’autre en pierre et en brique.

L’Ondankmeulen de Boeschèpe, le moulin de l’ingratitude

À l’ouest du centre de Boeschèpe se dresse l’Ondankmeulen, un moulin-pivot en bois dont le nom flamand se traduit par « moulin de l’ingratitude ». Cette appellation intrigante trouverait son origine dans une querelle survenue entre le propriétaire du moulin et le charpentier chargé de sa construction — une anecdote transmise de génération en génération, comme souvent pour les moulins de Flandre, qui portent volontiers des noms hérités de légendes locales.

Construit en 1802 à La Motte-au-Bois, le moulin n’a rejoint Boeschèpe qu’en 1884, déplacé lors d’un convoi exceptionnel jusqu’à son emplacement actuel. Il a servi à moudre le grain jusqu’à l’arrêt d’activité de son dernier meunier en 1958. Pendant la Première Guerre mondiale, sa position en hauteur en a fait un poste d’observation utilisé par l’armée britannique — un rôle stratégique que partageaient nombre de moulins des Monts de Flandre, naturellement placés sur les points hauts du relief.

Menacé par l’abandon, le moulin est transféré à la commune en 1964. C’est à cette date que naît l’Association des Amis de l’Ondank Meulen, qui entreprend sa restauration, achevée en 1976. Depuis, l’association assure l’entretien du moulin et l’organisation des visites et animations qui rythment la vie de l’édifice.

Détail des ailes et de la structure en bois d'un moulin a vent flamand.
Le mécanisme des ailes, cœur battant du moulin a vent.

Le Steenmeulen de Terdeghem, le moulin de pierre encore en activité

À quelques kilomètres de là, sur la route d’Eecke à Terdeghem, se dresse le Steenmeulen — littéralement le « moulin de pierre » — bâti en 1864. Contrairement à la majorité des moulins de la région construits en bois, le Steenmeulen se distingue par sa base en pierre et sa tour, ce qui en fait le seul moulin en brique encore existant dans le secteur. Particularité notable : il continue aujourd’hui de moudre du grain, grâce à un meunier en activité, ce qui en fait un moulin réellement productif et pas seulement un monument à visiter.

Le site ne se limite pas au moulin lui-même. Au pied de la tour, un musée installé dans une ancienne ferme rassemble objets, machines et souvenirs de la vie rurale flamande du début du XXe siècle. Une houblonnière reconstituée y illustre le travail du houblon, culture emblématique de la Flandre intérieure, tandis que l’ensemble du site donne à voir le quotidien d’une exploitation agricole flamande d’autrefois.

Ondankmeulen (Boeschèpe) Steenmeulen (Terdeghem)
Type Moulin-pivot en bois Moulin-tour en pierre
Construction 1802 (déplacé à Boeschèpe en 1884) 1864
Activité meunière Arrêtée en 1958, aujourd’hui musée vivant Toujours active, meunier en poste
Particularité Nom lié à une querelle de construction Seul moulin en pierre du secteur, musée rural attenant

Comment fonctionnaient ces moulins

Les moulins à vent des Monts de Flandre appartiennent à deux grandes familles architecturales : le moulin-pivot, comme l’Ondankmeulen, dont la cabine tout entière pivote sur un poteau central pour orienter les ailes face au vent ; et le moulin-tour, comme le Steenmeulen, dont seul le toit et le mécanisme de tête tournent, la tour en maçonnerie restant fixe. Dans les deux cas, le vent entraîne les ailes qui font tourner un axe relié à des meules de pierre, écrasant le grain pour produire de la farine.

Intérieur d'un moulin montrant les engrenages en bois et les meules.
L'intérieur d'un moulin dévoile la mécanique de la mouture.

Ce savoir-faire meunier, autrefois omniprésent dans une région où le vent ne manque jamais, a largement disparu avec la mécanisation du XXe siècle. Sa survivance sur quelques sites comme Boeschèpe et Terdeghem tient à l’engagement d’associations locales et, pour le Steenmeulen, à la continuité d’une activité réellement productive plutôt que purement muséale.

Un patrimoine entretenu par des passionnés

La préservation de ces moulins repose largement sur le bénévolat associatif. Restauration, entretien mécanique, organisation des visites : ce travail de fond, invisible pour le visiteur de passage, est ce qui permet aux ailes de continuer à tourner. Les journées européennes du patrimoine et d’autres temps forts du calendrier local sont souvent l’occasion de voir les moulins en pleine activité, ailes déployées, offrant une image rare de ce patrimoine technique vivant.

Comment visiter les moulins des Monts de Flandre

Les modalités de visite diffèrent d’un moulin à l’autre et évoluent selon les saisons. Les horaires précis, les tarifs d’entrée et les périodes d’ouverture doivent être vérifiés directement auprès de chaque moulin ou de l’office de tourisme local avant de se déplacer, ces informations pouvant changer d’une année sur l’autre. Pour les visites de groupe en dehors des périodes habituelles, un contact préalable avec les associations gestionnaires est généralement nécessaire.

Au-delà de la simple visite, ces moulins s’inscrivent dans un territoire à explorer plus largement : entre les estaminets typiques, le beffroi de Bailleul classé au patrimoine mondial et les villages de brique du secteur, les moulins à vent ne sont qu’une porte d’entrée vers l’identité flamande des Monts de Flandre.