Au pied et sur les flancs des Monts de Flandre, une poignée de villages ont conservé un caractère architectural et humain rare dans le nord de la France : brique rouge, toits à redans, chapelles de carrefour et fermes à cour carrée composent un paysage bâti typiquement flamand. Certains, comme Cassel, sont connus loin à la ronde ; d’autres, plus discrets, méritent tout autant le détour pour qui aime flâner hors des sentiers battus. Ce chapelet de communes forme, avec les moulins et les beffrois qui les ponctuent, l’un des ensembles patrimoniaux les plus cohérents et les mieux préservés du nord de la France.
Cassel, la sentinelle des Monts de Flandre
Perché au sommet du mont du même nom, à environ 175 mètres d’altitude, Cassel occupe une position hors norme dans un département par ailleurs très plat. Le village n’appartient pas au réseau officiel « Les Plus Beaux Villages de France » — seules Gerberoy dans l’Oise et Parfondeval dans l’Aisne portent ce label dans les Hauts-de-France — mais Cassel a reçu une reconnaissance tout aussi marquante en étant élu Village préféré des Français en 2018, une distinction qui a largement contribué à sa notoriété et à sa fréquentation touristique depuis lors.
La Grand-Place, bordée de maisons à pignons et dominée par la statue équestre du général Foch, concentre l’essentiel du charme du village : pavé ancien, façades classées, ruelles pentues qui dévalent vers la plaine environnante. Le Jardin public, aménagé sur les vestiges du château des comtes de Flandre, offre depuis son belvédère l’un des panoramas les plus étendus du nord de la France, embrassant par temps clair la plaine flamande jusqu’à la mer du Nord et les collines belges toutes proches. C’est précisément cette position d’observatoire naturel qui a valu au Mont Cassel un rôle militaire et stratégique tout au long de l’histoire, des Romains jusqu’à la Première Guerre mondiale, période durant laquelle le maréchal Foch y installa son quartier général.
Le bâti casselois illustre à lui seul l’essentiel des codes architecturaux flamands : brique rouge, colombages apparents sur certaines façades anciennes, toitures pentues et façades à pignon sur rue qui caractérisent tout le secteur des Monts de Flandre. Les ruelles pavées qui descendent du sommet vers les faubourgs offrent, à chaque détour, un nouveau point de vue sur la plaine.
Steenvoorde, la porte des moulins
À quelques kilomètres au nord-est de Cassel, Steenvoorde joue un rôle différent dans le paysage des Monts de Flandre : c’est la porte d’entrée vers les monts boisés et vers les moulins encore en activité. Deux moulins à vent en bois pivot subsistent sur le territoire communal, le Noordmeulen (1576) et le Drievenmeulen (1776, installé à Steenvoorde en 1901), tous deux ouverts à la visite les dimanches d’été ou sur rendez-vous auprès des associations de meuniers bénévoles qui les entretiennent. L’église Saint-Pierre, dont le clocher culmine à 92 mètres, domine largement le paysage flamand environnant et abrite des orgues rénovées en 2003, un instrument apprécié des amateurs de musique sacrée bien au-delà du territoire.
Rattachée à l’agglomération Cœur de Flandre (ex-Communauté de communes de Flandre intérieure), Steenvoorde bénéficie d’un bureau de l’office de tourisme centralisé à Cassel, témoin de l’organisation touristique intercommunale du territoire. La commune conserve par ailleurs un tissu commerçant et artisanal actif, hérité d’une longue tradition de foires et de marchés qui rythmaient autrefois la vie économique de la Flandre intérieure.
Les Villages Patrimoine de la Flandre intérieure
Au-delà de Cassel et Steenvoorde, une vingtaine de communes de la Flandre intérieure portent le label local « Village Patrimoine », attribué aux communes ayant su préserver un habitat, un bâti et une identité flamande remarquables. Parmi elles, plusieurs se trouvent directement au pied ou sur les contreforts des Monts de Flandre, formant un maillage serré de petites communes rurales que l’on peut relier à pied ou à vélo en une journée.
Godewaersvelde, niché au pied du Mont des Cats et de son abbaye, incarne cette identité flamande frontalière revendiquée : maisons basses, jardins ouvriers, proximité immédiate avec la Belgique. Le village a longtemps vécu au rythme des allers-retours transfrontaliers, une histoire encore lisible dans son urbanisme et dans la mémoire de ses habitants, qui évoquent volontiers l’époque de la contrebande de tabac entre les deux pays.
Boeschèpe, également adossé aux collines, offre des panoramas remarquables sur la plaine flamande depuis ses hauteurs. Le village conserve l’Ondankmeulen (le « moulin de l’ingratitude »), moulin emblème du patrimoine local dont le nom même raconte une histoire locale, entouré de chapelles et de champs de houblon qui rappellent la vocation brassicole historique du secteur.
Terdeghem, plus discret, a su préserver un caractère rural authentique grâce à une gestion attentive de son bâti, de son artisanat et de ses petites industries locales. Le village est souvent cité comme une synthèse de la ruralité flamande, loin de toute standardisation, avec ses fermes traditionnelles encore en activité et ses chemins creux bordés de haies bocagères.
Merris et Neuf-Berquin, plus au sud du secteur, complètent ce chapelet de communes patrimoniales, chacune avec ses particularités de bâti et son histoire propre, témoignant de la continuité du style architectural flamand bien au-delà du seul massif des Monts. Ces deux villages, moins fréquentés par le tourisme que Cassel, offrent un visage plus intime de la campagne flamande, apprécié des marcheurs en quête de tranquillité.
Un patrimoine architectural partagé
Ce qui unit ces villages, au-delà de leurs spécificités propres, c’est un vocabulaire architectural commun : brique rouge locale, toits pentus parfois agrémentés de redans — ces pignons à degrés qui caractérisent le bâti flamand des deux côtés de la frontière —, chapelles de carrefour dédiées à des saints locaux, fermes à cour carrée organisées autour d’une cour centrale fermée. Les moulins à vent, qu’ils soient encore en activité ou simplement conservés comme témoins, ponctuent ce paysage et rappellent la vocation céréalière ancienne du territoire.
Les estaminets, cafés-restaurants traditionnels flamands, complètent ce patrimoine vivant en perpétuant une gastronomie rustique et conviviale — potjevleesch, carbonade, welsh — qui se déguste encore aujourd’hui dans plusieurs de ces villages, souvent dans un décor de bâtisse en brique ancienne qui n’a guère changé depuis un siècle.
Une vie associative attachée à la préservation du patrimoine
Derrière cette conservation architecturale, se trouve presque toujours une vie associative locale dense : associations de meuniers pour l’entretien des moulins, sociétés d’histoire locale, comités des fêtes qui font vivre les ducasses et les fêtes patronales, offices de tourisme intercommunaux qui coordonnent la valorisation des différents villages. Cette mobilisation citoyenne explique en grande partie pourquoi ces communes, souvent modestes en population, ont su conserver un bâti et une identité que d’autres secteurs ruraux du Nord ont parfois laissé se dégrader ou disparaître.
À Cassel, la municipalité et les associations patrimoniales veillent depuis plusieurs décennies à la restauration des façades du centre historique, avec un soin particulier apporté aux couleurs et aux matériaux traditionnels. À Godewaersvelde comme à Boeschèpe, ce sont souvent de petites associations de bénévoles qui organisent les journées portes ouvertes des moulins, transmettant aux visiteurs les gestes et les savoir-faire de la meunerie traditionnelle, aujourd’hui rares en France.
Une gastronomie locale indissociable du patrimoine bâti
Le patrimoine des villages des Monts de Flandre ne se limite pas à l’architecture : il se prolonge naturellement dans une gastronomie régionale marquée, que l’on retrouve dans presque chaque village. La bière occupe une place centrale, héritée d’une longue tradition brassicole entretenue par les champs de houblon qui bordent encore certains villages comme Boeschèpe. Plusieurs brasseries artisanales, installées dans d’anciens bâtiments agricoles restaurés, perpétuent aujourd’hui ce savoir-faire avec des bières de caractère, souvent brassées selon des méthodes traditionnelles.
Le potjevleesch, terrine froide de plusieurs viandes en gelée, la carbonade flamande mijotée à la bière brune, ou encore le welsh, ce plat généreux à base de fromage fondu et de bière, constituent le socle d’une cuisine populaire que l’on retrouve dans la plupart des estaminets du territoire. Cette gastronomie, transmise de génération en génération, participe pleinement à l’identité patrimoniale de ces villages, au même titre que leur architecture de brique.
Comment visiter ces villages
La plupart de ces communes se visitent aisément à pied ou à vélo depuis Cassel ou Steenvoorde, grâce au réseau de randonnée des Monts de Flandre qui relie les principaux points d’intérêt du territoire. Des greeters bénévoles, passionnés par leur village, proposent également des balades commentées gratuites dans plusieurs de ces communes, notamment autour de Cassel, Godewaersvelde et les villages voisins, souvent sur le thème historique de la contrebande transfrontalière qui a marqué durablement l’identité de ce secteur frontalier.
Le tableau suivant résume les grands traits distinctifs de chaque village évoqué dans ce guide, pour aider à composer un itinéraire selon ses centres d’intérêt :
| Village | Particularité principale | À voir en priorité |
|---|---|---|
| Cassel | Point culminant, Village préféré des Français 2018 | Grand-Place, Jardin public, panorama |
| Steenvoorde | Deux moulins à vent en activité | Noordmeulen, Drievenmeulen, église Saint-Pierre |
| Godewaersvelde | Identité frontalière, Mont des Cats | Abbaye du Mont des Cats, urbanisme frontalier |
| Boeschèpe | Panoramas et houblon | Ondankmeulen, chapelles, champs de houblon |
| Terdeghem | Ruralité flamande préservée | Fermes traditionnelles, chemins bocagers |
| Merris et Neuf-Berquin | Villages patrimoine plus confidentiels | Bâti rural, calme champêtre |
Pour qui dispose d’une journée complète, un itinéraire logique consiste à débuter par la Grand-Place de Cassel et son point de vue, puis à rejoindre Steenvoorde et ses moulins, avant de poursuivre vers Godewaersvelde ou Boeschèpe pour terminer la visite dans un estaminet du village. Un tel circuit permet d’embrasser en une seule sortie l’essentiel des facettes du patrimoine des Monts de Flandre : panorama, architecture rurale, moulins et gastronomie locale.
Que l’on cherche le panorama spectaculaire de Cassel, l’authenticité rurale de Terdeghem ou les moulins de Steenvoorde, les villages patrimoine des Monts de Flandre offrent une immersion dans une Flandre française encore largement méconnue, à moins d’une heure de Lille et à quelques kilomètres seulement de la frontière belge.
